Pourquoi votre étude de marché finit dans un tiroir et comment l’éviter
Une part importante des études de marché commandées par les
entreprises et les institutions ivoiriennes ne servira jamais à
prendre une décision. Ce constat n’est pas un jugement sur la
compétence des cabinets qui les produisent. C’est un diagnostic
méthodologique sur la manière dont elles sont commandées en amont.
Lorsqu’un cabinet de conseil livre une étude de marché de
qualité — chiffres vérifiés, sources solides, analyse rigoureuse,
recommandations argumentées — il est désagréable d’apprendre,
plusieurs mois après, que cette étude n’a finalement servi à rien.
Personne n’en a tiré de décision opérationnelle. Les
recommandations n’ont pas été mises en œuvre. Le rapport est
désormais classé, pour mémoire.
Ce phénomène, fréquent dans le tissu économique ivoirien et
sous-régional, n’est pas anecdotique. Il représente une perte
sèche pour le commanditaire (financière, opérationnelle,
décisionnelle), pour le cabinet d’études (réputationnelle), et
plus largement pour l’écosystème économique qui se prive d’un
outil pourtant précieux. Notre département, qui conduit
régulièrement des missions d’études stratégiques, observe que
les causes de cette stérilisation sont remarquablement
constantes. Elles tiennent à cinq erreurs de cadrage typiques,
toutes commises en amont du démarrage de l’étude.
L’écart entre études commandées et études exploitées
Les ordres de grandeur que nous observons à partir de nos missions
et des entretiens conduits avec des dirigeants de PME et
d’institutions ivoiriennes convergent vers un constat préoccupant.
Sur dix études de marché formellement commandées, livrées et
réceptionnées, environ trois donnent lieu à des décisions
opérationnelles directement traçables aux conclusions de l’étude.
Les sept autres rejoignent les classeurs et les serveurs internes,
consultées de manière épisodique au mieux, oubliées au pire.
Cet écart de 70 % entre études commandées et études exploitées
est rarement explicité — pour des raisons compréhensibles. Aucun
commanditaire n’aime reconnaître publiquement qu’il a financé un
document qu’il n’utilise pas. Aucun cabinet d’études ne s’épanche
sur les rapports livrés qui ne produisent aucun effet. Le silence
commun entretient le statu quo, et les mêmes erreurs de cadrage
se reproduisent d’une étude à l’autre.
Les cinq erreurs de cadrage qui condamnent une étude
Les missions que nous avons accompagnées — qu’il s’agisse de
rédiger des cahiers des charges pour des commanditaires ou de
livrer nous-mêmes des études — permettent d’identifier cinq
erreurs de cadrage qui reviennent avec une régularité frappante.
Aucune n’est commise par mauvaise volonté. Toutes sont
corrigeables, à condition d’être nommées.
L’étude de marché est un outil de décision, pas un outil de connaissance. Lorsqu’un commanditaire formule sa demande en termes généraux (« nous voulons mieux comprendre le marché du X »), il prépare structurellement une étude qui ne servira pas à décider — parce qu’aucune décision n’a été identifiée comme dépendant des résultats.
Antidote : formuler la demande sous forme d’arbitrage. « Nous hésitons entre lancer le produit A ou le produit B » ; « Nous voulons savoir si nous devons entrer sur le marché ivoirien ou nous concentrer sur le Sénégal ». L’étude est alors mécaniquement orientée vers une décision concrète.
L’étude de marché évalue la demande, l’offre concurrente et les dynamiques sectorielles. L’étude de faisabilité évalue la viabilité technique, économique et financière d’un projet précis. Ce sont deux exercices différents, qui mobilisent des méthodes différentes et débouchent sur des conclusions différentes.
Antidote : identifier dès la commande quelle question prioritaire est posée. Si la question concerne la pertinence d’un projet précis (et non l’analyse d’un secteur), c’est une faisabilité qu’il faut commander. Combiner les deux dans un même livrable produit généralement deux exercices superficiels au lieu d’un exercice rigoureux.
De nombreuses études commandées en Côte d’Ivoire et dans la sous-région reposent sur l’hypothèse implicite que les données chiffrées nécessaires existent et sont accessibles. Cette hypothèse est souvent fausse. Sur de nombreux secteurs, les statistiques publiques sont anciennes, partielles ou imprécises ; les acteurs privés ne publient pas leurs chiffres ; les bases de données internationales ne descendent pas au niveau de granularité requis.
Antidote : intégrer dans le cahier des charges une phase explicite de production de données primaires (entretiens experts, enquête terrain, analyse de bases sectorielles spécialisées). Provisionner le temps et le budget correspondants — sinon l’étude se rabattra sur des sources secondaires de qualité variable.
Lorsque l’étude est cadrée uniquement par la direction générale ou le commanditaire formel, sans implication des équipes opérationnelles qui devront ensuite mettre en œuvre les recommandations, le risque de production d’une étude inadaptée est élevé. Les recommandations seront jugées « déconnectées du terrain » et écartées dès la restitution.
Antidote : associer dès le cadrage les principaux utilisateurs futurs de l’étude — directeurs commerciaux, responsables produit, opérationnels terrain — pour qu’ils contribuent à formuler les questions auxquelles l’étude devra répondre. Une étude commandée par ceux qui en utiliseront les résultats a beaucoup plus de chances d’être effectivement utilisée.
La dernière erreur, paradoxalement la plus fréquente, consiste à considérer que l’étude est terminée à la livraison du rapport. Or c’est précisément à ce moment-là que le travail d’appropriation commence : restitution interne aux équipes concernées, traduction des recommandations en plan d’action, intégration dans le pilotage stratégique. Sans ce dispositif d’aval, le meilleur rapport finit dans un classeur.
Antidote : prévoir dès le cahier des charges un volet « appropriation » — ateliers de restitution, plan d’action chiffré, indicateurs de suivi des recommandations mises en œuvre. Provisionner le temps et l’engagement nécessaires. Une étude sans dispositif d’appropriation a une probabilité quasi nulle de produire des effets opérationnels.
Ce que les études exploitées ont en commun
À l’inverse des études décoratives, les études effectivement
utilisées présentent quatre caractéristiques structurantes que
nous observons systématiquement dans les missions accompagnées
avec succès.
Premièrement, elles répondent à une question de
décision formulée explicitement avant le démarrage. Pas une
question de connaissance générale — une question d’arbitrage
précis dont la réponse engagera des choix opérationnels concrets.
Deuxièmement, elles ont été cadrées en associant
les futurs utilisateurs des recommandations, et non uniquement
le commanditaire formel. Cette implication amont garantit que
les questions traitées correspondent aux préoccupations réelles
des équipes qui devront agir.
Troisièmement, elles intègrent une production
explicite de données primaires sur les segments où les sources
secondaires sont insuffisantes. Cet effort méthodologique
supplémentaire distingue les analyses fondées des analyses
spéculatives.
Quatrièmement, elles s’accompagnent d’un
dispositif d’appropriation prévu dès l’origine — ateliers de
restitution, plan d’action chiffré, indicateurs de suivi. La
livraison du rapport n’est pas la fin du processus, c’est le
début de sa mise en œuvre.
Le cadrage initial : un investissement souvent sous-estimé
Si une seule étape devait être réhabilitée dans la conduite des
études de marché, c’est celle du cadrage initial. Les
commanditaires ont tendance à vouloir « commander vite pour
recevoir vite » — minimisant la phase de définition des questions,
de précision des arbitrages attendus, d’identification des
utilisateurs futurs. Ce raccourci coûte cher : il produit des
études qui répondent à des questions mal posées, et que personne
ne saura ensuite traduire en décision.
Un cadrage rigoureux représente généralement entre 10 et 20 % du
budget total d’une étude. C’est une proportion qui peut sembler
élevée. Elle est en réalité l’investissement qui détermine
l’utilité de tout le reste. Une étude bien cadrée et imparfaitement
exécutée produira presque toujours plus de valeur qu’une étude
mal cadrée et techniquement irréprochable.
Reconnaître une étude qui servira
Quelques signaux précoces permettent au commanditaire de mesurer,
dès la phase de cadrage, la probabilité qu’une étude soit
effectivement utilisée. Le cahier des charges formule-t-il une
ou plusieurs questions de décision précises ? Identifie-t-il les
utilisateurs futurs des résultats ? Prévoit-il une phase de
production de données primaires sur les segments où les sources
secondaires sont insuffisantes ? Inclut-il un volet d’appropriation
post-livraison avec ateliers, plan d’action et indicateurs de suivi ?
Si la réponse à ces quatre questions est positive, l’étude a de
bonnes chances d’éclairer une décision. Si l’une au moins est
négative, le risque de stérilisation augmente proportionnellement.
Identifier ces signaux faibles avant le démarrage permet
d’ajuster le cadrage — ou, lorsque c’est impossible, de renoncer
à commander une étude qui n’aurait pas servi.
Ce qu’une étude utile transforme, en définitive
Une étude de marché utile ne se reconnaît ni à son volume, ni à
la sophistication de ses méthodes, ni à la notoriété du cabinet
qui l’a produite. Elle se reconnaît à un signe simple : six mois
après sa livraison, elle a transformé une décision qui ne
l’aurait pas été sans elle. C’est ce critère minimal — la
traçabilité d’une décision modifiée par les conclusions de
l’étude — qui sépare les études vivantes des études décoratives.
Pour les commanditaires ivoiriens qui s’apprêtent à engager un
budget significatif sur une étude stratégique, la question
préalable n’est pas « à qui confier ce travail ? » Elle est
« comment cadrer cette commande pour qu’elle serve effectivement
à décider ? » La réponse à cette première question détermine très
largement la qualité de toutes les suivantes.
Sources & références documentaires
Références méthodologiques
-
—
Codes et lignes directrices internationales pour les études de marché
(mises à jour continues) -
—
Normes ISO 20252 sur les études de marché et études d’opinion
(référentiel international)
Sources sectorielles ivoiriennes
-
—
Annuaires statistiques et enquêtes sectorielles
(publications annuelles) -
—
Notes et rapports sectoriels UEMOA
(publications continues) -
—
Études et baromètres du climat des affaires
(publications semestrielles)
Lectures de fond sur la décision stratégique
-
—
Articles sur l’usage stratégique des études de marché
(archives continues) -
—
Strategy & Corporate Finance Insights
(publications mensuelles)
Sources internes PSLEAD
-
—
Synthèse des missions d’études stratégiques accompagnées en Côte d’Ivoire et dans la sous-région
(2022-2026)
L’accompagnement PSLEAD Group
Notre cabinet accompagne les entreprises et institutions ivoiriennes
dans la conduite d’études stratégiques utiles, de la formulation
initiale du besoin à l’appropriation des résultats par les équipes.
Cadrage stratégique
Formulation des questions de décision, identification des
utilisateurs futurs, structuration du cahier des charges.
Conduite d’études
Production de données primaires, analyse sectorielle,
formulation de recommandations actionnables avec niveaux de
preuve explicites.
Appropriation post-livraison
Ateliers de restitution, traduction en plan d’action chiffré,
indicateurs de suivi de la mise en œuvre des recommandations.
Le Département Études stratégiques de PSLEAD Group conduit
régulièrement des missions d’études de marché, d’études d’impact
et d’études stratégiques pour le compte d’entreprises et
d’institutions ivoiriennes. Cet article s’appuie sur l’observation
des récurrences méthodologiques constatées au fil de ces missions.